Lettre ouverte à :

 

Clémentine Autain

José Bové

Patrick Braouzec

Marie-George Buffet

Yves Salesse

 

(copie à Olivier Besancenot)

 

 

 

 

Comme le philosophe Cornelius Castoriadis nous l'apprend, la politique n'est ni une affaire de spécialiste ni une affaire de généraliste.

En un mot, le spécialiste n'est pas assez généraliste et le généraliste n'est pas assez spécialiste.

 

Il n'y a aucune école pour apprendre et pour savoir gouverner, il n'y a que l'exercice de la décision et du pouvoir qui entraine une éventuelle reconnaissance du savoir-faire.

 

La politique est à la portée de tous les citoyens, pour peu que ce même citoyen ait le désir d'y consacrer une part de son temps et de sa réflexion.

 

La véritable démocratie est sans doute de construire sans relâche une structure permettant l'accueil, la synthèse et la mise en pratique politique de l'expression citoyenne.

 

 

 

Comment imaginer, ne fut-ce qu'un instant, que l'électrice et l'électeur conscient (de la France d'aujourd'hui) va vous confier (à part éventuellement moi !) le pouvoir de décider de l'orientation de la justice, de l'éducation, de la diplomatie, de l'économie et éventuellement de la déclaration d'une guerre à l'un ou à l'une d'entre vous :

Clémentine, José, Patrick, Marie-George, Yves, alors que cela exigerait de cette même électrice et de ce même électeur l'abandon de sa propre souveraineté démocratique ?

 

Il y a une vraie contradiction entre le désir citoyen et cet "acharnement" à la désignation d'un candidat (relayé sans cesse par les médias) de cette gauche alternative qui se trouverait du même coup démunie de son désir et de son appropriation citoyenne.

 

Ne me dîtes pas que vous représentez ce désir et cette appropriation : l'expression citoyenne dont vous êtes les porte-paroles n'est ni assez large, ni assez "construite", ni assez cohérente pour justifier cette représentation.

 

 

 

J'en viens à l'essentiel et à la raison de cette lettre.

Le travail des collectifs (les 125 propositions) et vos notoriétés doivent servir à la construction d'une ligne politique de plus en plus claire et de plus en plus crédible parce qu'elle sera basée sur une  synthèse politique structurée de l'expression citoyenne dans un continuel élargissement de l'écoute des souhaits collectifs et individuels.

 

La question de la représentation ne se pose pas en terme de candidature, elle se pose (à mon avis) en terme d'élargissement du débat et en terme d'incitation à participer.

Je ne m'avancerai pas beaucoup en disant que l'ancrage à gauche des socialistes (si l'on accepte la réalité de leur chance de succès électoral) dépend pour une très grande part de la capacité que vous montrerez à être conjointement et collectivement dans un rôle suivi de construction et de cohérence d'une plateforme politique digne et crédible parce qu'élaborée à partir de la reflexion et de l'expression d'un nombre grandissant d'hommes et de femmes concernés.

 

 

 

Le but n'est pas de se livrer à des tractations d'influence pour être candidat président ou présidente avide d'un éventuel pouvoir (ce dont je ne vous soupçonne pas, sinon je ne vous écrirai évidemment pas) mais de redonner une parole, ni déformée, ni pervertie, aux citoyens et aux citoyennes conscients d'être trompés, exploités, dépossédés, déshumanisés, mais capables et désireux de gouverner leur pays et leurs vies.

 

 

 

Fait à Cormeilles en Parisis, le 28 Novembre 2006

 

Claude.