Au
service du Public
E.D.F - Les réactions
Nouvel
Observateur - 8 décembre 2005
Voici
les principales réactions après l'annonce par la direction d'EDF de la suppression
de 6.000 postes d'ici 2007
Laurent
Fabius , député PS de Seine-Maritime: "On avait soigneusement évité de parler
des emplois au moment où le gouvernement a vanté les charmes de la privatisation.
Il y a une logique: à partir du moment où le gouvernement privatise EDF, du coup,
ça va se traduire par moins d'emplois." "L'une des raisons à cette décision, c'est
que le cours de l'action se traîne et que, dans cette nouvelle logique privée,
la manière de faire monter le cours, c'est de supprimer des emplois." (France-2,
8 décembre)
Le PCF : "Quelques semaines après son introduction en bourse,
EDF prend le pli de la course aux profits. (...) La rentabilité à tout prix est
désormais devenue l'objectif de l'entreprise financiarisée. (...) Cette décision
scandaleuse et totalement injustifiable va peser sur les conditions de travail
de tous les salariés d'EDF, réduire la qualité du service rendu aux usagers, favoriser
les externalisations et les emplois précaires sous-rémunérés, boucher encore l'avenir
de notre jeunesse. Voilà comment on entend mener la politique énergétique de notre
pays : au gré du Cac 40 !
Nous en voyons les conséquences sociales immédiates,
mais ne tarderont pas à se faire jour les conséquences sur l'environnement, l'aménagement
du territoire et la sûreté de l'approvisionnement." (Communiqué, 8 décembre)
La
CFDT-Energie : "C'est prévu dans le projet 'Altitude 7005' (en référence aux 7,5
milliards d'économie attendus par la direction sur les trois prochaines années,
ndlr) présenté fin 2004, juste avant le changement de statut de l'entreprise",
a déclaré la secrétaire fédérale de la Fédération chimie-énergie-CFDT (FCE-CFDT),
Mireille Toux.
"Il était clairement indiqué dans le projet qu'il y avait des
mesures d'économie à prendre par les différents directions régionales, dont des
mesures sur l'emploi. Et le directeur de l'emploi a parlé du chiffre de 6.000
départs non-remplacés le 21 novembre dernier lors d'une rencontre bilatérale."
Reste que pour le syndicat, "le dossier est insuffisamment instruit, et discuté.
Nous exigeons des négociations notamment pour voir quelles seront les conséquences
de ce plan". (AP, 8 décembre)
La fédération CGT Mines et Energie (FNME)
a dénoncé jeudi dans un communiqué la suppression annoncée de plus de 6.000 emplois
à EDF d'ici à la fin 2007 et a proposé aux autres syndicats de "déposer un préavis
de grève pour la mi-janvier". Pour le syndicat majoritaire chez EDF, les 6.000
suppressions d'emplois "sous-tendent une externalisation massive des activités".
"Ces réductions massives d'emplois ont pour objectif de satisfaire les actionnaires
et d'atteindre le niveau des dividendes que le gouvernement et la direction se
sont fixés de leur verser."
"De même, l'externalisation des activités aura
des conséquences sur le savoir-faire, les compétences, les conditions de travail
du personnel et sur le service public de proximité", a affirmé la fédération.
Elle a fustigé la "volonté de privatisation affichée" qui "pousse la direction
de l'entreprise à tailler massivement dans l'emploi statutaire".
Dette,
pédagogie et mensonges
Le Monde Analyses - lundi
5 décembre 2005
Il
y a six mois, Thierry Breton, ministre des finances, estimait que la France accumulait
des déficits et vivait « au-dessus de ses moyens » depuis vingt-cinq ans.
Il
y a deux mois, Thierry Breton présentait devant les élus un budget 2006 avec des
impôts records, des dépenses records et un déficit record de 46,8 milliards d'euros
qui aggravera d'autant la dette publique record. Il y a six jours, mercredi, Thierry
Breton déclarait au journal La Tribune que la dette publique française ne se montait
pas à 1 167 milliards d'euros mais à 2 000 milliards et que ce gouffre « était
le résultat de nos lâchetés collectives ».
La question
est : à qui renvoie l'adjectif possessif pluriel « nos » ?
Au
ministre des finances qui présente un budget contraire à ce qu'il prône ?
A
Dominique de Villepin, qui annonce des plans d'urgence toutes les cinq minutes
alors qu'il n'a plus le moindre sou ?
A Jacques
Chirac, incorrigible dépensier depuis trente-cinq ans de vie publique ?
Que
nenni ! Les coupables sont les Français, selon M. Breton. Ces imbéciles de Français
« entendent parler de la dette mais ne comprennent pas ses conséquences concrètes
». Ils « ont l'impression qu'elle ne pèse pas ». Et le ministre de dire qu'il
est de son noble devoir de les « rappeler à la raison » et d'engager « une pédagogie
» auprès des ignorants que nous sommes pour que, enfin, on se rentre bien dans
le crâne que cette dette « est notre affaire à tous ».
Rappelons quelques
faits et chiffres. Le dernier budget voté en excédent en France remonte à 1975.
Gouvernements de droite comme gouvernements de gauche, la France aligne trente
et un ans de déficits successifs. Le choix est toujours celui de privilégier les
dépenses. Et quand le pouvoir décide d'abaisser des impôts, c'est à crédit, en
creusant encore le déficit. Du coup, en trois décennies, la dette publique qui
ne représentait que 20 % du PIB en 1980 a doublé en pourcentage de PIB et triplé
en valeur. L'Etat a absorbé 40 % de l'épargne nationale. Une hausse historique
en temps de paix et unique en Europe. Avant l'euro, la France
eût été rappelée à l'ordre par des attaques contre le franc. Il eut fallu
dévaluer et imposer, haïssable consigne, la rigueur. Depuis la monnaie unique,
le vice budgétaire reste impuni, la France n'étant pas seule à s'y complaire,
il est vrai. La dette gonfle brutalement quand la croissance tombe en 1993 puis
encore depuis 2002. Les Français se retrouvent avec plus
de 1 100 milliards de dettes quand le niveau de prélèvements (44 % du PIB)
est resté l'un des plus lourds d'Europe, quand les gouvernements ont privatisé
à tout va et quand le budget a reçu des « soultes » de France Télécom et d'EDF
en échange de payer, demain, les retraites de leurs salariés (c'est ce qui porte
la vraie dette à 2 000 milliards d'euros, selon M. Breton). Ce gros Etat a-t-il
au moins obtenu les fruits de ses dépenses ?
Le déficit sert, en bonne logique
keynésienne, à relancer la croissance quand celle-ci trébuche. Mais plus rien
de tel. Faute de munitions, l'Etat a renoncé à cette ambition du réglage fin (fine
tuning) de la conjoncture en 1982-1983, raconte Alexandre Siné, agrégé d'économie
(L'Ordre budgétaire, à paraître en janvier chez Economica).
Car l'autre grande
caractéristique de la période est la fossilisation des dépenses. Il
ne reste plus que 8 % des crédits pour l'investissement, la préparation
de l'avenir. Les choix passés, le service de la dette et les salaires des agents
ont pompé progressivement l'essentiel des crédits et les gouvernements se sont
privés de marge de manoeuvre. De gauche comme de droite, ils sont condamnés à
l'impuissance et à la gesticulation. La politique devient
faux-semblant : Jean-Pierre Raffarin coupe les crédits des associations de quartier,
Dominique de Villepin les rétablit, etc. L'Etat a tué le service public.
Comme la France ne peut ni répudier sa dette, comme l'Argentine, ni retomber dans
l'inflation - Jean-Claude Trichet l'interdirait -, ni sortir de l'euro - paupérisation
garantie ! -, il ne reste pour s'en sortir que vendre les actifs non stratégiques,
augmenter la croissance et abaisser les dépenses, a expliqué Thierry Breton. Mais
l'examen du détail n'est pas réjouissant. Les bijoux de famille qui restent ne
valent pas plus que 200 milliards d'euros, de quoi faire vivre quelques gouvernements
mais pas de quoi régler la dette. Mauvaise piste.
Augmenter la croissance ?
C'est un rêve qui devrait rester rêve, hélas ! On voit le chemin (immense effort
de recherche-développement, réformes structurelles hardies, politique courageuse
de gains de productivité, immigration...), mais on ne voit pas, pour l'instant,
l'homme ou la femme politique français qui osera s'y lancer. Reste au bout du
compte à augmenter les impôts et/ou à abaisser les dépenses. Solution choisie
par Angela Merkel pour l'Allemagne qui va rehausser de 3 points la TVA. Comme
certains impôts (sur les sociétés ou sur le capital) font l'objet d'une concurrence
nouvelle parmi les Vingt-Cinq, la France aura plus de mal dans cette voie étroite.
D'où l'indispensable, l'urgente réforme de l'Etat. Soit,
choix libéral, en diminuant son périmètre, limitant donc les services rendus aux
usagers. Soit en diminuant le nombre de fonctionnaires et exigeant plus
d'eux. C'est le vrai choix social-démocrate n'en déplaise aux syndicats. Courageux,
le gouvernement auquel appartient M. Breton a, lui, renoncé à choisir, préférant
augmenter la dette.
Le
« non » à la privatisation d'EDF
Quarante-cinq
élus de la Haute-Loire s'élèvent contre le début de privatisation d'EDF.
Les
élus de la Haute-Loire en question ont déclaré récemment dans un communiqué. «
L'entreprise EDF va être ouverte aux capitaux privés. Cette mesure prise sans
véritable débat, et qui marque le début de privatisation de cette grande entreprise
française, sera lourde de conséquences au plan énergétique, économique et social.
Nous savons qu'EDF est notre affaire à tous, usagers, salariés et élus. Le gouvernement,
par la bouche de M.De Villepin, a tenté de donner des justifications qui ne peuvent
nous satisfaire (contrat de service public révisable en 2007), ni lever les grandes
inquiétudes des Français. Que deviendront après 2007 les tarifs de l'électricité
? Qui garantira le tarif unique pour tous les usagers ? La sécurité des centrales
nucléaires pourra-t-elle être vraiment assurée quand EDF sera aux mains de capitaux
privés plus avides de profit à court terme que de l'impératif de sécurité ? Comment
l'Etat pourra-t-il maîtriser notre politique énergétique, prévoir l'avenir dans
la société post-pétrolière qui s'annonce, si EDF est livrée à la loi du marché
? Les 8 et 9 milliard d'euros que devraient générer l'ouverture du capital, et
qui devraient être affectés au développement nécessaire de l'entreprise, ne repartiront-ils
pas dans la poche des actionnaires sous forme de dividende ? Ainsi, parce que
l'électricité n'est pas une marchandise comme les autres, mais un bien commun,
essentiel à la vie quotidienne, et qui doit rester accessible à tous, parce qu'EDF
est devenue depuis sa création, une grande entreprise performante, financée uniquement
par la nation depuis 60 ans et qui produit l'électricité la moins chère d'Europe,
parce qu'en la privatisant, on choisit la logique de la rentabilité au détriment
de la mission de service public, on choisit les actionnaires au détriment des
salariés et des usagers, parce qu'après La Poste, France Télécom, la SNCM Avec
EDF, c'est l'ensemble du service public auquel sont très attachés les Français,
qui est sabordé. Les élus signataires, réaffirment fermement,
avec les salariés d'EDF, les usagers, l'ensemble du peuple français, qu'EDF appartient
à la nation, qu'elle doit rester 100 % publique, au nom de l'intérêt général,
pour le bien des citoyens et de l'économie de notre pays, pour le respect des
valeurs républicaines ».