Trois
grands groupes se partagent l'essentiel de la gestion déléguée de l'eau en France
: Vivendi, Suez et, de manière moindre, Bouygues-Saur. Cette gestion déléguée
est marquée par de profonds déséquilibres :
- tous les rapports le disent,
les prix pratiqués par les opérateurs privés sont plus élevés
que ceux pratiqués par les régies publiques : 28% en moyenne en 1996, pour une
qualité souvent moindre.
- l'inégalité est très forte entre, d'un côté,
trois groupes très puissants et, de l'autre, 36 000 communes à la capacité de
négociation et de contrôle souvent réduite. Plus que dans tout autre secteur,
il est légitime de parler ici de "capture" du régulateur
par l'opérateur.
- la concurrence entre les opérateurs est souvent
une pseudo-concurrence oligopolistique puisque environ 90% des contrats sont renouvelés
au même concessionnaire, et les opérateurs constituent des monopoles locaux quasi
inexpugnables.
- les grands groupes peuvent jouer de la diversité de leur
champ d’intervention (local, national et international) pour échapper
à la transparence et utiliser les bénéfices dégagés par l'eau pour financer
d'autres activités.
- les usagers-clients sont le type même de la clientèle
captive : ils n'ont pas le choix du prestataire de service, ils n'ont qu'une capacité
très restreinte pour négocier le prix du service et ils se voient souvent imposer
des clauses abusives. Certaines associations ont
cependant développé des actions juridiques qui ont conduit à des condamnations
ou à l'annulation de contrat (ex. Grenoble où la ville a repris la gestion du
service et où le maire a été condamne à la prison).
- à terme la gestion
déléguée élimine les entreprises communales car il est très difficile de les
recréer par la suite, c'est donc bien souvent un voyage sans retour possible.
De plus, la gestion déléguée a été utilisée en France pendant de nombreuses années
comme mode important de financement des activités politiques et des campagnes
électorales, ce qui a entraîné le développement des pratiques
de corruption. Diverses lois pour moraliser le secteur ne sont pas parvenues
à faire disparaître toute suspicion dans l’opinion à l'égard des élus et des entreprises.