Septembre 2005

L'argent est devenu le paramètre de définition de la valeur de toute « chose », y compris les humains, évalués à leur potentiel de rentabilité. L’eau, qui avait jusque là échappé à la logique capitaliste, en est un parfait exemple. Les milieux économiques ont identifié les énormes sources de profits que pourrait représenter la captation de ce « bien ».
L’eau en bouteille, elle, est en majorité le business exclusif de deux transnationales (Nestlé et Danone), reste les soft-drinks pour Coca et Pepsi-Cola . Plus le temps passe, plus ces compagnies augmentent leur part de marché en dig
érant les petits acteurs. Au Sud, elles marchent main dans la main pour organiser le marché de l’eau et remplacer la sphère publique.

Trois grands groupes se partagent l'essentiel de la gestion déléguée de l'eau en France : Vivendi, Suez et, de manière moindre, Bouygues-Saur. Cette gestion déléguée est marquée par de profonds déséquilibres :
- tous les rapports le disent, les prix pratiqués par les opérateurs privés sont plus élevés que ceux pratiqués par les régies publiques : 28% en moyenne en 1996, pour une qualité souvent moindre.
- l'inégalité est très forte entre, d'un côté, trois groupes très puissants et, de l'autre, 36 000 communes à la capacité de négociation et de contrôle souvent réduite. Plus que dans tout autre secteur, il est légitime de parler ici de "capture" du régulateur par l'opérateur.
- la concurrence entre les opérateurs est souvent une pseudo-concurrence oligopolistique puisque environ 90% des contrats sont renouvelés au même concessionnaire, et les opérateurs constituent des monopoles locaux quasi inexpugnables.
- les grands groupes peuvent jouer de la diversité de leur champ d’intervention (local, national et international) pour échapper à la transparence et utiliser les bénéfices dégagés par l'eau pour financer d'autres activités.
- les usagers-clients sont le type même de la clientèle captive : ils n'ont pas le choix du prestataire de service, ils n'ont qu'une capacité très restreinte pour négocier le prix du service et ils se voient souvent imposer des clauses abusives. Certaines associations ont cependant développé des actions juridiques qui ont conduit à des condamnations ou à l'annulation de contrat (ex. Grenoble où la ville a repris la gestion du service et où le maire a été condamne à la prison).
- à terme la gestion déléguée élimine les entreprises communales car il est très difficile de les recréer par la suite, c'est donc bien souvent un voyage sans retour possible. De plus, la gestion déléguée a été utilisée en France pendant de nombreuses années comme mode important de financement des activités politiques et des campagnes électorales, ce qui a entraîné le développement des pratiques de corruption. Diverses lois pour moraliser le secteur ne sont pas parvenues à faire disparaître toute suspicion dans l’opinion à l'égard des élus et des entreprises.

On se bat contre un processus mondial de dévalorisation de la nature (et donc de la vie), visant à valoriser uniquement la production industrielle.
(citation de Franklin Frederik - académie des eaux - Brésil)

 

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