José
Bové : une candidature complexe Extrait
de l'article de Miguel Benasayag
Commençons
par éclaircir un argument trop souvent brandi à l’encontre de José Bové, celui
de l’illégalité de certaines de ses actions. Les défenseurs auto-proclamés
de la démocratie sont pour le moins contradictoires : on nous dit que tout doit
être légal, qu’aucun de nos actes ne doit sortir du cadre de la loi et qu’aucune
marge délimitée par la légitimité, quitte à ce qu’elle ne soit pas tout à fait
légale, ne peut être tolérée. Très bien. Mais à ce rythme-là, une société
se condamne à ne pas pouvoir avancer, à ne pas pouvoir résoudre les plus graves
problèmes qu’elle affronte. Pensons à l’avortement. Aurait-on pu l’autoriser par
une loi si des pratiques multiples, légitimes mais pas encore légales, n’avaient
pas indiqué le chemin, soulevé des problèmes concrets et montré quelle était la
meilleure façon de répondre à cette question ? Les exemples sont infinis. Rappelons
que ces intégristes de la légalité sont les mêmes qui ont soutenu l’invasion de
l’Irak, toujours au nom de cette sacro-sainte démocratie (sacrée blague, imaginez-vous
un chiite qui se dise « tiens, pas mal le programme des sunnites, ils m’ont convaincu,
je vais voter pour eux », ou le contraire...). Ces démocrates pétris de grands
principes sont aussi les mêmes qui nous disaient, quand l’Algérie voyait la victoire
d’un parti pas très « correct », qu’il fallait appuyer un coup d’État militaire
; sans parler de leur soutien aux pratiques tellement démocratiques qui plombent
l’Afrique depuis des décennies. Ces mêmes démocrates semblent aujourd’hui tout
faire pour que José Bové ne puisse présenter sa candidature à l’élection présidentielle.
Des maires démocratiquement élus subissent des pressions d’une poignée de technocrates
régnant sur un « grand » parti soi-disant social-démocrate d’à peine cent-mille
adhérents (ils étaient autant sur le Larzac autour de José) pour qu’ils ne lui
apportent pas les 500 signatures dont il a besoin. Il
faut absolument s’opposer à ce genre de pressions et de pratiques illégitimes,
stupides (toute manoeuvre visant à réduire le champs du débat intellectuel et
politique ne peut qu’aller dans le sens de la bêtise pure et simple) et, pour
tout dire, anti-démocratiques. Il faut permettre à José Bové de présenter sa candidature. Miguel
Benasayag, philosophe et psychanalyste |