Septembre 2005



"Nous voulons rétablir la vérité"
NOUVELOBS par Me Stella Bisseuil, avocate de Gérard Ratier et de l'Association des familles endeuillées

Une plainte pour "entrave à l'enquête pénale" dans le dossier de l'explosion de l'usine chimique AZF a été déposée. Que reproche-t-on précisément à Total ? -

L'Association des familles endeuillées et M. Ratier, le président, qui a lui-même perdu un fils dans l'explosion d'AZF, ont suivi l'enquête pénale et ont remarqué qu'un certain nombre de traces de ce qui s'est passé juste avant l'explosion avaient disparu. Plusieurs personnes de la commission interne de Total sont venues de Paris au lendemain de l'explosion et ont eu accès aux lieux. Des traces qui aurait pu servir à la police ont alors disparu et nous manquent quatre ans après. On pense que les gens de Total ont fait disparaître un certain nombre d'éléments au prétexte de mener leur propre enquête. Une benne qui a été déversée quelques minutes avant l'explosion nous auraient permis d'identifier le produit qu'elle contenait. En quoi les nouvelles procédures pourraient-elles modifier le bilan des responsabilités autour des exploitants d'AZF ? - Les nouvelles procédures ne modifieront peut-être pas le bilan des responsabilités mais pourraient impliquer Total qui est resté jusqu'à présent en dehors de cette affaire puisqu'il n'a pas été inculpé. Total s'est placé en enquêteur et a fait disparaître des preuves qui auraient pu servir dans l'enquête judiciaire. La plainte remet Total au centre de l'affaire AZF. Nous n'avons pas d'autre objectif que de rétablir la vérité. Les indemnités aux familles des victimes ont été versées au lendemain de l'explosion. Notre but est uniquement moral. Quels sont aujourd'hui les sentiments des familles des victimes, notamment vis-à-vis de Total ? - Les familles des victimes sont très critiques vis-à-vis de Total qui a été à la fois trop absent puisque jamais inculpé et trop présent puisqu'ils ont phagocyté l'enquête. Par l'intermédiaire de son cabinet d'avocats, c'est Total qui défend les salariés de l'usine, qui lance de nouvelles pistes, des expertises et contre-expertises, c'est une situation anormale.

Propos recueillis par Manuelle Tilly (Nouvel Obs)

La terrible explosion qui s’est produite à Toulouse le 21 septembre à 10h15, à l’usine AZF, propriété de Total FINA, a complètement bouleversé un secteur urbain de 3 km tout autour du pôle chimique AZF / Tolochimie / SNPE.

Le bilan provisoire est de 30 morts, plus de 20 disparus, plus d’un millier de blessés dont certains très gravement, et qui subiront toute leur vie les séquelles de leurs blessures. Ce bilan aurait été plus terrible, si le souffle de l’explosion avait entraîné l’explosion de l’usine de la SNPE, située de l’autre côté de la Garonne.
Cette usine fabrique entre autres, du phosgène (le fameux gaz moutarde) mais bien d'autres produits hautement dangereux et utilisés par exemple pour le carburant d’Ariane .....
Si cette usine avait sauté, ce ne sont pas 30 morts mais 300 morts ou plus qui auraient été comptés. L’impossible, l’improbable a eu lieu.
Il a eu lieu parce qu’il était tout simplement probable, simplement prévisible. Probable du fait de la vétusté du site (construite en 1924 !) et probabilité aggravée à cause de l’extension continue de sa capacité de production. Même si des modernisations successives ont été apportées, en vue par exemple de diminuer les rejets d’ammoniac, il est clair que la structure de l’usine ne pouvait assurer des conditions optimales de sécurité à long terme.
Pourtant, les pouvoirs publics n’ont jamais hésité en plusieurs occasions à autoriser des extensions de ce site. A chaque fois, la déclaration d’utilité publique a été accordée au mépris des importantes mises en garde des riverains, des associations de défense de l’environnement dont les Amis de la Terre Midi-Pyrénées. Ainsi la dernière de ces extensions date du printemps 2000 : celle-ci était justifiée selon AZF et les pouvoirs publics, par le fait que Total, fermant deux centres dans le nord de la France, devait augmenter la production à Toulouse !
Auparavant avait été autorisée la construction d’une unité de production de ce fameux phosgène dans l’usine SNPE. Enfin, fait aggravant, un tissu urbain important et peuplé (quartier d’habitats collectifs du Mirail, d’Empalot) s’est développé tout autour de ce site dangereux, sous la pression des acteurs politiques, étatiques et privés qui ont laissé s’étendre sans aucune intervention, bâtiments privés (habitats individuels et collectifs, centres commerciaux), et bâtiments publics (écoles, usines, la faculté du Mirail, l’hôpital de Rangueil, ……) Le risque a été cyniquement assuré pendant des années.

La responsabilité du gouvernement ?
Elle apparaît évidente...

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